Démarche
artistique
Mai 2000
Mon travail consiste
à produire une mise en scène de la lumière, un
espace coloré capable d'accueillir une forme figurative qui lui
donnera un sens en retour.
J'ai besoin de construire
un espace pour le faire habiter par le corps comme j'ai besoin de construire
pour moi-même.
Je cherche aussi
bien dans le travail de la couleur, de la lumière que dans celui
de la forme figurative, à saisir et à partager les émotions
dans le corps même de la peinture.
Mes émotions
n'ont ni nom ni forme dans ma peinture, sauf si je leur donne vie et
m'en nourrit, ce sont elles qui me conduisent dans mon travail.
Les éléments
de mon travail sont de l'ordre du mouvement et de la dynamique.
Le mouvement rapide
de ma main pour peindre est le même que pour briser du verre,
il perturbe le fond coloré, la "mise en scène"
des couleurs et brise l'unité de la matière.
Le corps que je
peins est un cardiogramme, mon cardiogramme. Le trait nerveux du pinceau
- le mouvement de l'aiguille sur le papier millimétré.
Il est comme un fantôme, un écho de mes souvenirs.
La vie arrêtée
dans le temps, une photographie trop longtemps exposée, mais
qui conserve néanmoins la trace du corps en action, une ombre,
un souvenir. Peut-être que des modèles peints autrefois
en Pologne reviennent, transformés, par d'autres voies. J'ai
intériorisé ma peinture. c'est la libération du
geste, de l'espace, de la couleur.
J'ai l'impression
de réduire mon geste dans le corps même pour aller à
l'essentiel. Je l'ouvre, le déshabille..., il n'y a plus de chair,
plus d'enveloppe. Mes formes squelettiques rappellent la mort - la fin.
Le verre brisé aussi! Néanmoins, il y a une vie qui commence.
Le verre cassé devient une base pour construire. Le corps lumineux
que je place dans un espace est comme une lumière du dedans et
comme une vie qui reprend. C'est comme la fin et le début. En
questionnant la vie, on questionne la mort.
J'attache une importance
à la transparence et à la lumière. Il y a dans
le verre transparence et réverbération. La figure humaine,
par le choix des couleurs, se construit dans la lumière. De larges
zones de peinture en fine couche permettent de voir à travers.
Dans le corps, notre regard se promène. On voit à travers
le cube qui reste "ouvert", comme on voit à travers
mes volumes.
La figure humaine
n'a pas de visage. Je la laisse deviner, chacun peut ou non la définir.
C'est une esquisse à peine remarquable du menton dirigé
vers l'arrière qui emmène notre regard au-dessus, vers
un autre monde, vers un ailleurs. Il y a des zones de calme, on y sent
de l'air et tout flotte. Dans toutes mes toiles, il y a un appel à
la lumière qui donne à la peinture cette fonction de fenêtre
sur un ailleurs.
Je suis consciente
des contradictions qui peuvent apparaître par la cohabitation
d'éléments opposés. On trouvera des divisions verticales
qui fonctionnent comme les traces d'une architecture discrète.
Elle équilibre la liberté de mon geste et contruit un
espace en profondeur. La structure mathématique du cube situe
la figure peinte dans un espace familier au spectateur et me permet
comme élément de stabilité, toutes les audaces,
par sa seule présence rassurante. Les larges zones de calme contrastent
avec une gestuelle de mise en oeuvre. L'opacité avec la trasparence,
la juxtaposition de tons foncés avec les lumineux (corps).
Le fond lumineux
et coloré que je prépare d'abord me laisse plonger dans
ma peinture. Il appelle une gestualité où je pense pouvoir
passer l'essentiel de la spontanéité qui me paraît
nécessaire, c'est comme une écriture. Les couleurs que
j'utilise sont choisies pour leur qualité de transparence et
parce qu'elles sont vives. Je les juxtapose de façon à
ce qu'elles dialoguent ensemble et qu'elles fassent aussi s'exprimer
les tons plus clairs.
Juin 2005
J’ai besoin de toucher, sentir, besoin
de la matière. Le corps, humain autrefois, aujourd’hui est une forme figurative
ou un élément qui évoque sa présence. Il apparaît, si je le décide, enveloppé
de chair, comme mes toiles de la matière. Le verre fait corps avec la peinture
qui gagne en volume. La cohabitation de différents matériaux donne aux toiles
cet aspect de semi sculptures.
Dorota