Dorota Bednarek

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Démarche artistique

Mai 2000

Mon travail consiste à produire une mise en scène de la lumière, un espace coloré capable d'accueillir une forme figurative qui lui donnera un sens en retour.

J'ai besoin de construire un espace pour le faire habiter par le corps comme j'ai besoin de construire pour moi-même.

Je cherche aussi bien dans le travail de la couleur, de la lumière que dans celui de la forme figurative, à saisir et à partager les émotions dans le corps même de la peinture.

Mes émotions n'ont ni nom ni forme dans ma peinture, sauf si je leur donne vie et m'en nourrit, ce sont elles qui me conduisent dans mon travail.

Les éléments de mon travail sont de l'ordre du mouvement et de la dynamique.

Le mouvement rapide de ma main pour peindre est le même que pour briser du verre, il perturbe le fond coloré, la "mise en scène" des couleurs et brise l'unité de la matière.

Le corps que je peins est un cardiogramme, mon cardiogramme. Le trait nerveux du pinceau - le mouvement de l'aiguille sur le papier millimétré. Il est comme un fantôme, un écho de mes souvenirs.

La vie arrêtée dans le temps, une photographie trop longtemps exposée, mais qui conserve néanmoins la trace du corps en action, une ombre, un souvenir. Peut-être que des modèles peints autrefois en Pologne reviennent, transformés, par d'autres voies. J'ai intériorisé ma peinture. c'est la libération du geste, de l'espace, de la couleur.

J'ai l'impression de réduire mon geste dans le corps même pour aller à l'essentiel. Je l'ouvre, le déshabille..., il n'y a plus de chair, plus d'enveloppe. Mes formes squelettiques rappellent la mort - la fin. Le verre brisé aussi! Néanmoins, il y a une vie qui commence. Le verre cassé devient une base pour construire. Le corps lumineux que je place dans un espace est comme une lumière du dedans et comme une vie qui reprend. C'est comme la fin et le début. En questionnant la vie, on questionne la mort.

J'attache une importance à la transparence et à la lumière. Il y a dans le verre transparence et réverbération. La figure humaine, par le choix des couleurs, se construit dans la lumière. De larges zones de peinture en fine couche permettent de voir à travers. Dans le corps, notre regard se promène. On voit à travers le cube qui reste "ouvert", comme on voit à travers mes volumes.

La figure humaine n'a pas de visage. Je la laisse deviner, chacun peut ou non la définir. C'est une esquisse à peine remarquable du menton dirigé vers l'arrière qui emmène notre regard au-dessus, vers un autre monde, vers un ailleurs. Il y a des zones de calme, on y sent de l'air et tout flotte. Dans toutes mes toiles, il y a un appel à la lumière qui donne à la peinture cette fonction de fenêtre sur un ailleurs.

Je suis consciente des contradictions qui peuvent apparaître par la cohabitation d'éléments opposés. On trouvera des divisions verticales qui fonctionnent comme les traces d'une architecture discrète. Elle équilibre la liberté de mon geste et contruit un espace en profondeur. La structure mathématique du cube situe la figure peinte dans un espace familier au spectateur et me permet comme élément de stabilité, toutes les audaces, par sa seule présence rassurante. Les larges zones de calme contrastent avec une gestuelle de mise en oeuvre. L'opacité avec la trasparence, la juxtaposition de tons foncés avec les lumineux (corps).

Le fond lumineux et coloré que je prépare d'abord me laisse plonger dans ma peinture. Il appelle une gestualité où je pense pouvoir passer l'essentiel de la spontanéité qui me paraît nécessaire, c'est comme une écriture. Les couleurs que j'utilise sont choisies pour leur qualité de transparence et parce qu'elles sont vives. Je les juxtapose de façon à ce qu'elles dialoguent ensemble et qu'elles fassent aussi s'exprimer les tons plus clairs.

Juin 2005

J’ai besoin de toucher, sentir, besoin de la matière. Le corps, humain autrefois, aujourd’hui est une forme figurative ou un élément qui évoque sa présence. Il apparaît, si je le décide, enveloppé de chair, comme mes toiles de la matière. Le verre fait corps avec la peinture qui gagne en volume. La cohabitation de différents matériaux donne aux toiles cet aspect de semi sculptures.

Dorota